Article "Le Parisien" - 19 octobre 2015

Les réfugiés de Montmorency manifestent leur impatience

  Vive tension ce lundi devant l’ancienne maternité de Montmorency, où vivent depuis la mi-septembre une cinquantaine de réfugiés syriens et irakiens. Postés devant le bâtiment, ils ont écrit leurs revendications en arabe, traduites en anglais, sur des bouts de carton qui font office de pancartes.

C’est l’annonce qui leur a été faite du transfert de vingt-sept d’entre eux au centre de séjour Hubert-Renaud de l’île de loisirs de Cergy-Pontoise qui a mis le feu aux poudres. « Certains ne veulent pas aller à Cergy, où ils vont être cinq ou six par chambre, alors qu’ici nous sommes seulement deux ou trois », explique un réfugié, ancien chauffeur de taxi syrien, seul du groupe à parler français. Lui, se dit prêt à déménager à Cergy, trop content de bénéficier d’un titre provisoire de séjour tout neuf, daté du 13 octobre et qu’il brandit fièrement.

Rabira, mère de famille syrienne dont les deux enfants sont scolarisés à l’école Pasteur de Montmorency, explique ne pas souhaiter quitter la ville pour cette raison.

Mais le projet de transfert a fait surgir d’autres angoisses plus graves. Oubliée la nourriture de l’hôpital d’Eaubonne qui ne leur convient pas, le manque de connexion à Internet ou les soucis d’intrusion sur un site où les chambres ferment mal : certains évoquent leur impatience par rapport au regroupement avec leurs familles qui ne les ont pas encore rejointes. Djebal, père de famille syrien, s’impatiente. « Mon épouse enceinte de cinq mois et notre enfant handicapé sont bloqués à Istanbul », explique-t-il, très inquiet.

En fin d’après-midi, Xavier Ricard, coordonnateur départemental adjoint aux réfugiés, est venu apaiser les esprits en donnant des assurances. « Ce déménagement, c’est pour votre confort, explique-t-il. Par ailleurs, il faut continuer à faire confiance à l’Etat français. Nous n’avons pas l’intention de vous mettre en difficultés à Cergy. » Le représentant de la préfecture a indiqué la marche à suivre à ceux qui ont leur femme et enfants à faire venir. « Nous allons prendre contact avec les consulats d’Istanbul, Ankara ou Beyrouth, a-t-il indiqué. Nous sommes en situation de guerre, c’est compliqué, mais nous allons faire en sorte que vos familles puissent franchir les obstacles comme vous les avez passés vous-même. »

Avant le transfert prévu dans le courant de la semaine à Cergy, il restera à régler des petits problèmes matériels comme il s’en pose quotidiennement. Il va ainsi falloir trouver des valises ou des sacs - deux par personne - pour transporter les effets personnels de ces réfugiés.

« À Munich, il leur avait été promis des logements définitifs, ils s’impatientent », explique Bouchra Bougara, de l’association pontoisienne d’entraide humanitaire « Redouane et les autres », aux côtés des réfugiés depuis leur arrivée, et qui leur sert notamment d’interprète.