Article "Le Parisien" - 11 octobre 2015

Une parenthèse magique à Paris pour 148 réfugiés du Val-d’Oise

  Près de 150 réfugiés syriens et irakiens, accueillis depuis septembre dans le Val-d’Oise, ont pu découvrir Paris ce samedi grâce au Secours populaire 95. Un moment de détente pour ses hommes, femmes et enfants encore traumatisés par les épreuves qu’ils ont traversées.

10 h 15 : Arrivée à la capitale
« Est-ce que j’ai le temps d’aller faire une photo au Trocadéro », demande Djamal en désignant les marches qui mènent à l’esplanade. Quatre bus venus de Cergy et Montmorency viennent d’arriver sur le parking des vedettes de Paris (VIIe). « Il nous a semblé important de leur offrir ce moment de détente », explique Patrick Paskewiez, secrétaire général de la fédération 95 du Secours populaire. L’un des trente accompagnateurs présents. Abu est ravi. A 45 ans, c’est la première fois que ce gaillard originaire de Damas vient à Paris. « Tout est beau ici, surtout les filles », plaisante le charmeur.

10 h 30 : « Relax ! » sur le bateau-mouche
« C’est grand ! », lancent Abdullah et Mohammed, 8 et 6 ans. Ils ont pris place au milieu du pont supérieur. « Sur votre gauche : le grand Palais », annonce le guide en arabe. Les deux garçonnets, eux, ont trouvé un nouveau jeu. A chaque pont, ils tendent les bras en espérant toucher l’édifice. Sans succès. Derrière eux, Ahmad, 20 ans, entame une série de selfies, accoudé au bastingage. Abdullah s’étire sur son siège. « Relax ! C’est le seul mot que je connais en français. Ça me correspond bien aujourd’hui. »

11 h 5 : Une petite fête improvisée
Un cri de joie retenti. « Vive les mariés ! », lance en cœur le groupe. Sur les bords de Seine, un jeune couple surpris pose dans ses habits de cérémonie. « Je me sens comme un vrai touriste », affirme Yasser, 21 ans. A l’intérieur de la navette, on danse. Une petite fête s’est improvisée pour célébrer la rencontre des groupes de Montmorency et de Cergy. Reda, lui, s’est installé à l’arrière, au calme. Difficile de ne pas penser à son ancienne vie, avant que Daech ne l’oblige à fuir l’Irak. A sa droite, un Syrien tente de faire abstraction du bruit du moteur. « La dernière fois que j’ai pris le bateau, nous étions 60 dans un zodiac prévu pour 30. »

12 h 15 : Montée de l’Arc de triomphe
« Comment peut-on monter la poussette ? » demande Mohammed au pied de l’Arc de triomphe. « L’ascenseur est à droite », lui indique-t-on. Le jeune papa a de la chance. Pour tous les autres, c’est à pied qu’il faut gravir les quelque 300 marches. Une fois en haut, un peu plus loin, un petit groupe écoute Béatrice, une bénévole. « Le dôme doré à droite, c’est les Invalides. » Fadel est captivée. En Irak, ce passionné d’art était dessinateur. « J’ai hâte d’être autonome et de pouvoir visiter les musées. » Mais déjà il faut redescendre pour laisser la place à un autre groupe.

14 h 32 : Pique-nique face à la tour Eiffel
« Les sandwichs sont dans les soutes », explique Asmae. Cette habitante de Bessancourt assure la traduction des consignes pour le groupe que le bus vient de déposer au Champ de Mars. « J’ai faim », sourit Nourdin, 8 ans, en ouvrant un paquet de chips. Lui et son père Ahmed s’installent pour pique-niquer en face de la tour Eiffel. Cet Irakien de 33 ans est déjà venu à Paris, mais il n’avait pas eu le temps de visiter. « J’aimerais que ma femme et ma fille soient là », regrette-il. Elles sont restées en Turquie, et cela fait trois mois qu’il ne les a pas vues.

15 h 30 : Visite express en car
Le temps est compté : le bus doit être rentré pour 17 heures. « Nous allons leur montrer rapidement en car quelques incontournables », souligne Madeleine, 79 ans. Chauffeuse de taxi pendant dix-neuf ans, la petite dame connaît Paris comme sa poche. « C’est agréable de les voir joyeux. La journée est une réussite je crois. » Aida, 24 ans, s’intéresse au pont Alexandre III. Mais son monument préféré reste la Dame de fer. « C’est vraiment le symbole de Paris », lance-t-il en montrant un petit porte-clefs doré la représentant. « Un cadeau. »